LA SAINT-VALENTIN

Auguste Angellier. (1848-1911)

1Février vient, c'est la Saint-Valentin, 
Février vient, il fait rougir les saules, 
Et, sous les rais d'un soleil argentin, 
Encor frileux découvre ses épaules.

4 Dès qu'au ciel gris, c'est la Saint-Valentin, 
Dès qu'au ciel gris, un peu d'aube prochaine, 
Un pli d'argent et de jour indistinct 
Ont soulevé les ombres sur la plaine,

8Tous les oiseaux, c'est la Saint-Valentin, 
Tous les oiseaux, rouge-gorges, fauvettes, 
Merles, geais, pics, tout le peuple mutin 
Des moineaux francs, les vives alouettes,

9Se réveillant, c'est la Saint-Valentin, 
Se réveillant, et secouant leurs plumes, 
D'un fou désir et d'un vol incertain 
Se sont cherchés dans les dernières bruines.

6Dans les buissons, c'est la Saint-Valentin, 
Dans les buissons, les lierres et les haies 
Où le houx vert offre un rouge festin, 
Dans les roseaux, les halliers, les coudraies.

14Dans les vieux murs, c'est la Saint-Valentin, 
Dans les vieux murs, pleins d'heureuses nouvelles, 
Ce fut des cris, des chants, un bruit lointain 
De gazouillis et de battements d'ailes.

11Tous échangeaient, c'est la Saint-Valentin, 
Tous échangeaient, en palpitant de joie, 
Maint propos tendre ou leste ou libertin, 
Après lesquels il faut qu'on se tutoie.

15De temps en temps, c'est la Saint-Valentin, 
De temps en temps, se détachait un couple ; 
Et tous les deux avaient bientôt atteint, 
Pour y causer tout seuls, un rameau souple.

3Puis ils cherchaient, c'est la Saint-Valentin, 
Puis ils cherchaient les branches élevées 
Ou l'humble touffe où blottir leur destin, 
Et faire un nid aux futures couvées.

5Et tout le jour, c'est la Saint-Valentin, 
Et tout le jour ce fut des mariages, 
Conclus sans prêtre et francs de sacristain, 
Et dont les lits sont les premiers feuillages.

17

Voici le soir, c'est la Saint-Valentin, 
Voici le soir, sortant de ses repaires 
L'ombre a rampé vers le soleil éteint : 
Tous les oiseaux sont endormis par paires.

16

(Poème extrait de "Le chemin des saisons")